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Jun 01

L’Escroquerie Spirituelle dans certains Mouvements Evangélico-Charismatiques en Haïti.

Par : Jean Ouston LESTIN

 

En ma qualité de Président d’une Ligue régionale des Pasteurs du pays, je me sens gêné pour émettre des idées personnelles sur un sujet aussi crucial qu’alarmant, mais reflétant regrettablement, la vraie image de ce qui se fait aujourd’hui dans certains mouvements de notre milieu : l’escroquerie spirituelle.

 

En effet, le sens du devoir chrétien m’interpelle. A un moment où nous venons de fêter les cinq cents ans (500 ans) du Protestantisme à travers le monde, et les deux cents ans (200 ans) de cette religion en Haïti, l’heure est donc au bilan. Nous devons exposer de manière claire et précise les vérités bibliques, longtemps voilées pour certains, occasionnant ainsi une situation de misère, d’exploitation et de stress, au sein de la société.

 

L’Eglise haïtienne vit cette dernière décennie, un temps de sécheresse spirituelle, due par des manœuvres frauduleuses de certains leaders religieux, pour escroquer de l’argent de certains pauvres fidèles qui viennent à l’Eglise, pour être bénis, mais qui malheureusement, repartent assez souvent « maudits, abusés et exploités » par des pseudo-prédicateurs, qui s’enrichissent inexorablement, aux dépends des plus faibles, des plus vulnérables et des plus mal instruits. Quelle malédiction !

 

Nous ne sommes pas contre le ministère à temps plein dans les Eglises Evangéliques.  Nous ne sommes pas contre non plus des levées de fonds, qui se font, selon les Ecritures, pour le bien et la propagation de l’Evangile. Mais nous sommes fatigués des pratiques malveillantes et frauduleuses, consistant à utiliser des textes bibliques, pour garder un peuple déjà trop appauvri dans les couloirs de l’ignorance et de la misère.

 

 

La situation telle qu’elle se présente

 

Un peu partout en Haïti, comme dans la diaspora, certaines personnes décident d’implanter un ministère qu’ils appellent « ministère de délivrance », aux fins de libérer ceux qui sont oppressés par le diable.  Je crois que c’est bien, car la Bible dit clairement que « Jésus était venu pour délivrer son peuple du péché et du démon » (Luc 13 :36).  Un leader à qui Dieu imparti des dons spirituels, Il ne les lui donne pas pour satisfaire ses désirs charnels. Si, par la main, ou par la bouche d’un homme ou d’une femme de Dieu, quelqu’un est délivré du joug de Satan, mais pourquoi le placer sous un autre joug « de peur ou de malédiction », s’il ne vient pas payer au comptant, la somme de X gourdes ou de X dollars américains, en contrepartie de sa délivrance ? Le rôle de l’Eglise qui consistait selon la Bible « à édifier, consoler et instruire », est devenu selon les lois modernes de la plupart d’hommes professionnels, « à stresser, endeuiller et  escroquer ».

 

Un malheureux peut se rendre dans un service de jeûne et de prière, avec en poche, le montant de son loyer, et revient chez lui en sanglot, sans argent, car il a été contraint de déposer le tout dans le panier de l’offrande, sous prétexte de ne pas être maudit par Dieu. La parole de Seigneur ne doit pas être l’un des éléments constitutifs de l’escroquerie.

 

J’ai appris que certaines organisations, obligent même les femmes mariées, à déposer dans leur corbeille, les anneaux reçus de leur époux, le jour du mariage, en témoignage et en gage de l’alliance conclu entre eux, prétextant que Dieu leur donnera, d’autres au retour à la maison.

 

Ce qui est pire, dans de nombreux cas, les membres de ces mouvements n’ont aucun droit de vérifier si les procès verbaux d’arpentage et les titres de propriété ont été rédigés au nom de la communauté ou au nom du leader responsable. Doit-on admettre ce désordre dans le secteur chrétien, sous couvert de laver les linges sales en famille ? Cette situation ne contribue t-elle pas, à une grande échelle, à la paupérisation de la masse ? La Bible ne dicte-t-elle pas les normes réglementant les libéralités dans une assemblée ?

 

 

 

Comment donner ?

 

Pauvres ou riches, ce que nous recevons de Dieu, doit nous servir pour donner à notre tour : « Je vous ai montré en toutes choses qu’en travaillant ainsi, il nous faut secourir les faibles et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (Actes 20:35). « Que celui qui volait ne vole plus, mais plutôt qu’il travaille en faisant de ses propres mains ce qui est bon, pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin » (Éphésiens 4:28).

 

Le Seigneur, assis en face de l’endroit où se faisaient les offrandes du temple, a observé « comment la foule jetait de la monnaie au trésor » (Marc 12:41). L’exemple de la veuve, qu’il a souligné, nous montre comment nous devrions donner. Cette pauvre femme n’a pas été contrainte par une force quelconque de la nature, mais elle déposait son offrande avec foi. Ayant tout donné, cette femme sans ressource devait s’attendre à Dieu.

La Parole de Dieu nous présente des exemples à ne pas suivre. « Les pharisiens faisaient  toutes leurs œuvres pour être vus des hommes » (Matthieu 23:5).  Ananias et Sapphira voulaient se faire bien voir des apôtres et des croyants en donnant publiquement une partie du prix de leur terrain. Le Seigneur nous rappelle : « Gardez-vous de faire votre aumône devant les hommes, pour être vus par eux… ne le claironne pas devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, pour être glorifiés par les hommes… que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit faite dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Matthieu 6:1-4). Ce que nous donnons est quelque chose qui doit rester entre Dieu et nous.

La bienfaisance se pratique avec discrétion, mais encore et surtout avec joie! Nous sommes d’avis que les membres d’une communauté participent activement à supporter financièrement l’œuvre de leur congrégation. D’ailleurs c’est biblique. Cependant, ils doivent le faire comme Paul l’a souligné : « Que chacun fasse comme il l’a résolu dans son cœur, non pas à regret, ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Corinthiens 9:7).

 

 

Pourquoi parler d’escroquerie spirituelle ?

Selon une définition plutôt admise de l’escroquerie dans le droit pénal,  « elle est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge ».

J’ai inventé ce concept, pour répondre à une situation, que beaucoup considèrent comme normale, qui pourtant fait souffrir la masse.

Si vous exigez à quelqu’un de vous remettre la clé de sa voiture, en lui promettant qu’au retour à la maison, il en trouvera deux autres toutes neuves, c’est de l’escroquerie spirituelle. Si vous utilisez la ruse, vous faites comme si vous êtes rempli de l’Esprit et vous exigez à quelqu’un de vous remettre la clé de sa seule et unique maison, pour qu’il se retrouve demain, allongé à même le sol, chez un ami, c’est de l’escroquerie spirituelle. Si vous abusez de votre autorité spirituelle, pour forcer la main à quelqu’un afin qu’il vous livre, la totalité de la balance de son compte, sous peine d’être puni par Dieu, c’est de l’escroquerie spirituelle.

Dans presque tous les pays chrétiens du monde, la liberté de culte et des exonérations de taxe sont accordées aux Eglises. Beaucoup en profitent pour régler leurs affaires personnelles. S’il est vrai que les législations en vigueur protègent les leaders, mais ils doivent s’assurer que la loi du Seigneur n’exemptera personne. Quand on s’enrichit personnellement aux dépens des plus faibles, il faut se demander si Dieu n’exercera pas son jugement, au temps convenable.

Une personne bénie contribuera joyeusement par delà l’espérance de ses conducteurs. L’état du cœur compte plus que le montant donné. S’il vous plait, arrêtez cette vanne de malheur. Arrêtez ce jeu de vilain. L’Evangile de Jésus Christ doit être prêché avec honneur et dignité, et le Seigneur vous bénira tous.

Que Dieu bénisse Haïti !

Rev. Jean Ouston LESTIN, D.Min

2018

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